Création monétaire : comprendre les 3 principales sources

Un euro sur dix en circulation aujourd’hui n’a pas été imprimé par la banque centrale. La quantité totale de monnaie dans une économie ne dépend jamais uniquement des autorités monétaires officielles. Les banques commerciales, par un jeu d’écritures comptables, génèrent la majorité de la masse monétaire.

Les mécanismes à l’origine de cette création ne se limitent pas à un simple transfert d’argent ou à l’impression de billets. Chaque source de monnaie répond à des règles distinctes, avec des conséquences parfois inattendues sur l’inflation, la croissance ou la stabilité financière.

Pourquoi la création monétaire est au cœur de l’économie moderne

La création monétaire irrigue chaque recoin de la vie économique. Derrière chaque crédit distribué à une PME, chaque prêt immobilier, chaque virement, s’active un mécanisme qui met en circulation de la monnaie. Ce processus alimente la croissance, soutient la consommation, finance l’investissement. Sans cet apport, la dynamique d’une zone comme l’euro tournerait à vide.

Au sommet, les banques centrales pilotent le dispositif. Maîtresses de la politique monétaire, elles gardent la main sur la masse monétaire pour maintenir la stabilité des prix. Mais derrière ce décor, l’essentiel des flux jaillit des banques commerciales. À chaque crédit octroyé, ces établissements injectent de la monnaie nouvelle auprès des ménages, des entreprises, et même de l’État.

Dans l’ombre, le marché interbancaire veille à l’équilibre. Les banques échangent entre elles de la monnaie centrale pour honorer leurs engagements quotidiens, combler un manque ici, gérer un excédent là. Ce rouage discret façonne toute l’architecture financière.

On retrouve parmi les impacts majeurs de la création monétaire les points suivants :

  • Financement de l’économie : l’octroi de crédits à l’ensemble des acteurs, entreprises, ménages, administrations, reste la première source d’émission monétaire.
  • Stabilité des prix : l’ajustement de la création monétaire sert d’outil pour prévenir l’inflation excessive ou la déflation.

Envisagez la création monétaire comme le carburant sans lequel l’économie s’immobilise. La précision de ses mécanismes conditionne la capacité du système bancaire à irriguer l’économie réelle, à amortir les chocs, à maintenir la confiance collective dans la monnaie.

Quelles sont les trois principales sources de création monétaire ?

Oubliez la magie : la création monétaire s’appuie sur trois ressorts concrets, chacun avec ses propres règles, ses acteurs et ses effets sur la masse monétaire.

Le premier pilier, c’est le crédit bancaire. Dès qu’une banque commerciale accorde un prêt à un ménage, une entreprise, une collectivité, elle crée de la monnaie scripturale. Ce principe, « loans make deposits », domine très largement la création monétaire en zone euro. À chaque ouverture de crédit, la masse monétaire s’accroît. Selon la Banque de France, cette mécanique représente plus de 90 % de la monnaie en circulation aujourd’hui.

Vient ensuite l’émission de billets et de pièces, autrement dit la monnaie fiduciaire. La banque centrale orchestre cette mise en circulation physique, qui, si elle pèse peu dans le total, reste fondatrice pour la confiance publique. Les banques commerciales récupèrent ces billets pour répondre à la demande des particuliers et des entreprises.

Enfin, la troisième source, c’est l’intervention directe de la banque centrale sur les marchés. Lorsqu’elle achète des actifs, obligations, titres financiers, elle crédite les comptes des banques commerciales en monnaie centrale. Ce levier, qui s’est imposé avec les programmes d’assouplissement quantitatif, modifie la liquidité disponible et influe sur le financement global de l’économie.

Voici, pour mémoire, les trois principaux mécanismes :

  • Crédit bancaire : moteur de la création de monnaie scripturale.
  • Monnaie fiduciaire : émission de billets et pièces par la banque centrale.
  • Achats d’actifs : interventions directes des banques centrales sur les marchés.

Banques centrales et banques commerciales : des mécanismes complémentaires

Banques centrales et banques commerciales jouent des rôles distincts mais s’entrecroisent sans cesse dans la création monétaire. D’un côté, la première imprime le rythme, fixe les taux directeurs, ces taux d’intérêt auxquels elle prête la monnaie centrale aux banques, et régule la liquidité sur le marché interbancaire. Prenez la Banque centrale européenne : elle ajuste en continu le coût du crédit dans la zone euro et, ce faisant, agit sur la masse monétaire et sur l’inflation.

Face à elle, les banques commerciales sont les exécutantes du terrain. Ce sont elles qui accordent les crédits, donc qui injectent directement de la monnaie scripturale dans l’économie réelle. Leur stratégie dépend des signaux envoyés par la banque centrale sur le coût du refinancement et la qualité du crédit. Leur capacité à créer de la monnaie découle également de leur confiance dans les emprunteurs et des conditions de refinancement auprès de la banque centrale.

L’ensemble est encadré par une surveillance rigoureuse. La banque centrale veille à la quantité de monnaie créée, ajuste le robinet via les taux directeurs et ses interventions sur les marchés. Les banques commerciales, elles, adaptent leur production de crédit à la demande, au coût du refinancement, et aux exigences prudentielles.

Pour mieux visualiser cette articulation :

  • La banque centrale : chef d’orchestre, régule la liquidité et fixe les taux.
  • Les banques commerciales : acteurs de terrain, créent de la monnaie par le crédit.

Professeur expliquant un diagramme monétaire à des étudiants

Comprendre les enjeux : inflation, croissance et stabilité financière

La création monétaire fonctionne comme la source d’énergie du système économique : elle stimule la croissance économique mais, mal dosée, elle peut dérégler l’ensemble. Trop de crédits injectés, et la masse monétaire s’emballe. Très vite, les prix suivent : l’inflation surgit. Les banques centrales surveillent alors le curseur, ajustant les taux d’intérêt pour contenir les dérapages, souvent via des signaux subtils sur le marché interbancaire.

Pour les entreprises, les ménages, les investisseurs institutionnels, la liquidité disponible détermine la capacité à financer l’innovation, consommer ou investir. Un afflux de monnaie dope la demande, encourage l’investissement, mais gare à la solvabilité si le crédit croît plus vite que l’économie réelle. La banque centrale surveille donc sans relâche l’efficacité de ses outils.

La stabilité financière repose sur un équilibre délicat. Trop de crédits, et le système bancaire vacille : créances douteuses, défauts, tensions sur la liquidité. À l’inverse, un coup de frein brutal peut étouffer le financement de l’économie. Chaque modification des taux d’intérêt, chaque ajustement du robinet du crédit, se répercute sur la croissance, l’emploi et la confiance dans la monnaie. Derrière chaque choix de création monétaire, c’est le profil même de l’économie de demain qui se dessine, entre stabilité et zone de turbulence.